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Maria Montessori et le Père Noël



Qui n’a pas cru au Père Noël étant enfant ? On a (presque) tous chanté ce vieux monsieur en rouge avec ses jouets par milliers… Encore plus à notre époque, dès le mois de novembre, il est partout, dans les médias, dans nos boites aux lettres, à l’école, dans les livres.


Mais doit-on vraiment faire croire nos enfants ? Qu’en disait Maria Montessori ?


Maria Montessori a toujours appuyé l’importance de rester ancré dans le réel, surtout avant l’âge de 6ans. En effet, avant cet âge, l’enfant n’est pas réellement capable de distinguer le réel et l’imaginaire. Il est important pour son développement que l’enfant soit capable de distinguer les deux.

Le Père Noël n’échappe pas à cette règle : il fait partie de notre imaginaire. C’est effectivement une belle histoire, mais c’est une histoire d’adulte. Pour rêver, finalement, nous mentons aux enfants, nous jouons sur leur crédulité, en leur faisant croire qu’il existe.

Est-ce que cela apporte vraiment quelque chose à l’enfant, ou alors est-ce pour nous, parents ? Cette magie de Noël, que nous connaissons par habitude, n’est pas forcément magique pour nos enfants, qui sont nombreux à avoir peur de ce vieux bonhomme, à avoir peur de cet étranger qui rentre dans la maison en pleine nuit…

Maria Montessori pensait que ces illusions pouvaient diminuer le développement de l’intelligence de l’enfant. Elle a écrit « Mais comment ce qui est le fruit de notre imagination pourrait-il développer l’imagination des enfants ? Nous seuls imaginons et non eux : ils croient, ils n’imaginent pas. »

Avec cette croyance, nous risquons de blesser les enfants, qui peuvent se sentir trahis.

Comment pourront-ils avoir confiance en l’adulte s’il a menti ? Si le Père Noël est un mensonge, quelle autre chose peut aussi être un mensonge ? De plus, selon l’âge de la « croyance » certains enfants peuvent être sujet de moqueries à l’école ou plus généralement avec des enfants plus grands. Cela risque fort de diminuer leur confiance en eux. En cherchant un peu, on peut trouver bon nombre d’enfants qui ont mal vécu d’apprendre ce mensonge. Et cela rend plus difficile pour l’enfant la compréhension du monde, de la vérité. Comment différencier un « bon » d’un « mauvais » mensonge…

Enfin, les cadeaux de noël sont très souvent utilisés comme carotte et bâton pour éduquer l’enfant. Qui n’a pas dit ou entendu « si tu n’es pas sage, tu n’auras pas de cadeaux ? » ? Idée reprise dans certaines cultures autour du Père Fouettard, qui apportait des branches ou du charbon aux enfants pas sages. Ce n’est pas quelque chose de magique ni de bienveillant pour nos enfants.

Peut-être pourrions-nous juste raconter son histoire, en la laissant à sa place d’histoire, dans

l’imaginaire ? On peut toujours entretenir la magie de noël, en profitant de tout le reste ; la décoration du sapin en famille, les balades sur les marché et les villes illuminées…

C’est, pour moi, un sujet bien délicat, qui nous oblige, en tant que parent, à faire un choix

plutôt difficile. Ce mythe (comme celui de la petite souris ou fée des dents, le croque mitaine…) qui est tellement ancré dans nos enfances, dans nos sociétés que bien souvent on n’envisage même pas de faire autrement. Et quand on en vient à se questionner sur le sujet, il faut ensuite réussir à faire un choix et à l’assumer, vis-à-vis de nos enfants et de notre entourage tant ce sujet peut déchainer les passions.


Mise en ligne par M.P.Montessori - Écrit par Marie Vinsonneau-Joyeux


Sources :

- Maria Montessori, L’enfant (chapitre 29)

- Maria Montessori, Pédagogie scientifique, Tome 2

- Charlotte Poussin, Montessori de la naissance à 3 ans, Apprends-moi à être moi-

même, Éditions Eyrolles

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